L'automne libanais ne sent pas seulement la terre humide et le fruit mûr. Il sent la poudre, l'attente et l'angoisse. Dans le sud du Liban, la récolte des olives s'effectue sous haute tension, prise en étau entre des oliveraies séculaires et une occupation militaire israélienne omniprésente. Pour des milliers de familles paysannes, ce rituel agricole n'est pas qu'une simple question de subsistance économique. C'est un acte de résistance, un moyen de dire qu'on est encore là malgré les bombardements, les bulldozers et les interdictions d'accès.
Pourquoi cette récolte d'olives est devenue un enjeu brûlant
On l'oublie trop souvent dans les capitales occidentales, mais l'économie rurale du Liban-Sud repose en grande partie sur l'or vert. L'huile d'olive locale fait vivre des villages entiers, de Nabatiyé à Kfarchouba. Pourtant, s'approcher des parcs d'oliviers cette saison relève du pari suicidaire. Les patrouilles militaires israéliennes barrent la route aux cultivateurs, quand ce ne sont pas des obus d'artillerie qui pilonnent les périphéries des villages ou des bulldozers qui arrachent purement et simplement des arbres centenaires.
Les chiffres officiels et les rapports de terrain publiés par des médias comme L'Orient-Le Jour ou Arte dressent un constat glaçant. Des civils se retrouvent visés ou entravés alors qu'ils tentent simplement de ramasser le fruit de leur labeur. Des enfants sont blessés, des écoles incendiées aux abords des zones touchées, et des pans entiers de terres agricoles deviennent des zones interdites.
Entre attachement à la terre et destruction ciblée
Pour comprendre ce qui se joue ici, il faut mesurer le rapport quasi fusionnel qui unit le paysan libanais à son lopin de terre. Un olivier ne se plante pas pour l'année prochaine. On le plante pour ses enfants, pour ses petits-enfants. Certains arbres de la région ont traversé des siècles, survivant à toutes les crises géopolitiques imaginables.
Aujourd'hui, ces arbres subissent une destruction méthodique. Des témoins et des associations locales rapportent des cas où des oliveraies entières sont littéralement rasées par des engins chenillés, ne laissant derrière elles qu'une terre nue et griffée. Ce n'est pas un simple dommage collatéral de guerre. C'est un effacement délibéré des repères et des moyens de subsistance d'une population locale déjà exsangue.
Les risques mortels dans les oliveraies frontalières
Aller cueillir ses olives à quelques kilomètres de la Ligne bleue, c'est risquer sa vie à chaque instant. Entre les munitions non explosées qui trônent au milieu des racines, les tirs de mitrailleuses lourdes et l'intervention directe de patrouilles armées qui expulsent manu militari les propriétaires, la saison des olives ressemble à un parcours du combattant.
- Les tirs d'artillerie réguliers interdisent l'accès aux parcelles situées dans les zones frontalières.
- Les incursions de blindés détruisent les chemins de terre et intimident les irréductibles.
- Le manque de bras se fait cruellement sentir, beaucoup d'habitants ayant fui les bombardements incessants des derniers mois.
Pourtant, malgré l'interdit et le danger de mort, certains persistent. Refuser de baisser les bras face à la politique du fait accompli reste leur seule manière de refuser l'exil définitif.
La prochaine fois que vous achèterez une bouteille d'huile d'olive méditerranéenne, pensez à ceux qui ont dû risquer leur vie pour ramasser ces quelques fruits sous le feu croisé d'une occupation.